Golbew – Partie V : Un choix difficile
Avant même d'atteindre la bordure que forment les arbres, j'entends des cris et des bruits de fer qui s'entrechoquent. Une bataille a lieu tout prêt. Les visages des personnes qui m'accompagnent sont graves. Le bois, et ses feuillages danses et protecteurs, laisse place à une plaine immense où se déroulent les combats. Nous entrons dans ce qui semble être un poste avancé des elfes. Celui ci est jonché de blessés et de soigneurs affairés à leur tâche. Certains ont perdu un membre, d'autres saignent abondamment, malgré des bandes rougeoyantes, d'autres encore ont cessé de bouger...
Il n'y a pas que des elfes, il y a aussi des animaux, qui ont le droit à tout autant d'attention. J'aperçois un cheval, qui a son flanc ouvert, et une flèche plantée dans la cuisse, je vois des chiens en train de lécher leurs plaies et celles de leurs semblables, je vois aussi un vautour dont l'aile gauche traine derrière lui, encore accrochée par des lambeaux de peau.
-"Voici ce que tu devais voir Golbew" me dit la grande Prêtresse sans détourner le regard de la scène.
Je suis terrifié par ce spectacle de souffrance et et d'agonie, je reste silencieux et tremblant.
Elle ajoute:
- "Nous avons repris la forêt face à nos agresseurs il y a quelques jours, et devons nous battre maintenant à découvert. Malheureusement l'ennemi a toujours plus de renfort, nous ne tiendrons plus longtemps ..."
Je ressens toute l'angoisse et la tristesse de cette femme, telle une mère qui verrait souffrir ses enfants.
-"Approchons nous, restez prêt de moi"
C'est bien la dernière chose que je veux faire, mais cette phrase n'était pas une question. Nous avançons vers un surplomb occupé par les elfes, qui donne un angle de vue bien plus large sur les affrontements. Au delà des cris de guerre, des cris de rage et des cris de douleur des alentours, le silence s'est fait sur la bute que nous gravissons. Je suis le centre d'attention de tous ceux qui l'occupent. Je comprends enfin pourquoi en levant mes yeux au loin, au cœur des combats, car ceux qu'affrontent les elfes sont des humains, des humains comme moi ...
Le choc est immense, je cherche un visage réconfortant auprès de moi, mais le regard noir et insensible des elfes me laissent seul dans mon incompréhension. Mon désaroi est accentué lorsque je distingue les banières arborées par les humains. Le blason représente la main d'un adulte serrant celle d'un enfant, présent sur la plupart des batiments importants du Consortium Universel...
-"Nous avons besoin de ton aide Golbew, mais tu dois pour cela t'opposer à ceux de ta race".
Je ne peux pas y croire, je ne peux pas m'opposer au grand consortium, car ils détiennent la sagesse de toute l'humanité. S'ils se battent, c'est que les elfes sont nos ennemis, je ne peux pas m'y opposer, c'est inconcevable, personne ne s'est jamais opposé aux 5 car ils détiennent le savoir et le destin de nos vies.
Golbew – Partie IV: La grande prêtresse
Nous sortons de la salle. Je suis l'Elfe dans la "rue" que je voyais tout à l'heure de ma chambre. Je me trouve en vérité en milieu d'une vrai ville construite en pleine forêt.
J'aperçois sur la gauche un forgeron en train de battre le fer. Il retiens son marteau, et me dévisage au moment où je passe devant lui. Ce regard me met fort mal à l'aise mais je continue mon chemin comme si de rien n'était. A droite, un peu plus loin, des enfants jouent avec des animaux; ils sont interrompus par leurs mères qui les bousculent pour rentrer dans leurs maisons-arbres, en me dévisageant elles aussi. Je ne suis visiblement pas le bienvenue.
Golbew – Partie III: Réveil
Un rayon de soleil, chaud et réconfortant, me fait ouvrir les yeux, lentement. Je suis dans un grand lit couvert de draps blanc. Je ne sais pas où je suis, et quelle heure il est, mais la matinée semble largement entamée. Je me remémore maintenant ce qui s'est passé, ma traversée dans la sphère, l'apparition du monde autours de moi, et puis plus rien.
Golbew – Partie II: Traversée
Tout se passe très vite, mes doigts glissent et je suis aspiré dans le tourbillon lumineux; je le vois se refermer brusquement, comme se referme une porte par la force d'un courant d'air. Je nage dans une sorte de vide, entouré des objets qui m'ont accompagné. Tout est confus, je suis perdu, sans repère. Tout est noir et lumineux à la fois, je me sens seul et pourtant je ressens une présence immense, comme un poids sans consistance, je suis là et ailleurs, et je suis bien, comme libéré d'une douleur que j'aurais toujours connu.
Je suis transporté au delà de toutes notions de mesures et de connaissances, sans peur ni hésitation. Je voyage ainsi depuis 10 minutes, 1 jour, ou même 1 mois, quand je vois ce qui m'entoure se transformer, très lentement. Tout d'abord, un point lumineux apparait, suivi par un craquellement silencieux faisant apparaître de l'herbe, grasse et humide, puis une immense plaine dont les limites appaissent finalement d'un côté avec un bois dense et verdoyant et de l'autre avec l'horizon. Enfin le ciel parsemé de nuages éparses se découvre, bleu comme jamais je ne l'avais vu auparavant. Je retrouve la sensation de mon corps, de l'espace et du temps à mesure que les craquellements se rejoignent au dessus de ma tête.
Je suis entier, mais terriblement fatigué, comme si je n'avais pas dormi depuis des jours, je m'allonge et sombre dans un sommeil profond, au milieu de cet endroit inconnu.
Golbew – Partie I: La sphère
Les journées se suivent...
Je n'avais pas fermé l'œil de la nuit. J'avais utilisé mes deux pilules-repas pour me tenir éveillé, tout en sachant que j'en souffrirais ensuite. Peu importe, cela faisait maintenant 2 ans que je ne dormais presque plus pour maximiser le temps sur mon terminal Internet. Depuis que le Consortium Universel avait autorisé les connexions informatique pour tout le monde, je profitais de cette liberté relative.