Le blog de Paysan Les vaches vaincront !

11avr/091

Golbew – Partie I: La sphère

Les journées se suivent...

Je n'avais pas fermé l'œil de la nuit. J'avais utilisé mes deux pilules-repas pour me tenir éveillé, tout en sachant que j'en souffrirais ensuite. Peu importe, cela faisait maintenant 2 ans que je ne dormais presque plus pour maximiser le temps sur mon terminal Internet. Depuis que le Consortium Universel avait autorisé les connexions informatique pour tout le monde, je profitais de cette liberté relative.

6H33: Les lumières de ma chambre s'allument dans uns série de cliquetis aigu. L'ordinateur s'arrête immédiatement. Je me diriges vers mon uniforme, parfaitement plié sur le bord de mon lit. C'est comme ça 14 fois par semaine.

A chaque fois que je met mes vêtements de « contribution », je me sens un autre homme. Je me tiens droit, et je sens le regard des autres emplis de respect et de crainte. « Vous êtes l'élite »: ces mots raisonnent encore dans ma tête, même après 10 ans de service. Au travers des grandes fenêtres de mon 2 pièces, on distingue, malgré le film opaque, que le temps est encore à la pluie. Je n'y fais d'ailleurs plus très attention. J'occupe cet appartement depuis plus d'un an maintenant, et malgré tout ce béton froid et gris, je m'y sens bien, car je sais que je fais parti des chanceux.
Dans les couloirs circulent tous ces voisins à qui je n'ai jamais parlé; leurs regards vides et tristes s'intègrent parfaitement dans cet univers sans couleur et sans voix.

Je me glisse dans la file incessante et unidirectionnelle des travailleurs de mon étage pour atteindre l'un des ascenseurs. Je travaille à quelques pas de là, au centre de recherches des sciences temporelles. Je n'ai jamais vraiment prêté attention aux travaux que réalisaient les contributeurs de ce département, je ne m'occupe que de la sécurité. C'est d'ailleurs le seul département du consortium qui ait un service de sécurité.

Sans même m'en être rendu compte, je me tiens déjà face à l'énorme bâtiment, totalement gris, dont on devine à peine la plus haute tour perçant les nuages noirs et oppressants. On sent toujours une petite douleur au niveau de l'oreille au passage du pointage automatique. Les médecins agréés du Consortium ont toujours affirmé que c'était normal, et que cela confirmait notre bonne santé.
Aujourd'hui j'assiste exceptionnellement à une expérience "pouvant comporter des risques imprévus", telle était l'explication que j'avais reçu la veille par courriel. J'aime assister à ce genre d'essai, car je peux observer la manière singulière dont les travailleurs de recherche accomplissent leurs tâches. Ils semblent complètement absorbés par leurs activités, et ne se rendent le plus souvent même pas compte de notre présence. Tous leurs gestes paraissent motivés par une force invisible et incompréhensible, une dynamique que l'on ne voit à aucun autre endroit du Consortium Universel. Notre présence sert à calibrer cette force que personne ne semble maîtriser vraiment.

Il est 7h12 et tout le monde est en place pour l'expérience. Moi et mes quatre collègues encerclons les 8 travailleurs de recherche, affairés autours de ce qu'ils appellent fièrement "La sphère". Cette grosse boule brillante est en construction depuis plusieurs mois, et est LE sujet de discussion de tous les scientifiques en blouse blanche du département. Le jour J est donc arrivé pour eux, et on peut remarquer l'excitation ambiante qui leur donne une énergie supplémentaire, exagérée par les regards fixes et insistants des pères du consortium universel, venus pour l'occasion.
Pour avoir la présence des 5 chefs du consortium, l'évènement qui se prépare doit vraiment être important. On dit que ces 5 hommes ont à eux seuls permis la libération de notre monde, en éradiquant les menaces pesant sur notre sainte mère, la Terre. Le monde, l'air qui nous entoure, tout ce que nous voyons est emplis de leur présence et de leur sagesse; nous serions perdu sans eux.

Le compte à rebours à débuté, une lueur nait dans la sphère, et éclaire les yeux grand ouverts des scientifiques. La tension est à son comble, on distingue à peine la voix monotone énonçant le décompte, dans le bruit assourdissant qu'émet l'appareil. Personne ne bouge excepté une des blouses blanches, qui pianote très énergiquement sur son clavier.

"30 secondes avant synchronisation".

De leur point de vue, les 5 pères n'ont pas bougés, il sont en train de parler, je ne sais pas ce qu'il disent mais la discussion est intense. Les 5 paires d'yeux ne se détachent pas du centre de la pièce.

"10...9...8...7...6...5...4...3...2...1...synchronisation"

La boule, dont le cœur brillait intensément vient soudainement d'émettre un violent rayon qui a traversé toute la pièce, passant de la couleur verte, à un jaune vif, si vif que tout le monde se protège les yeux avec ses bras.

"Nous captons une fréquence, très faible, je crois que ça fonctionne" crie un travailleur.
"Oui je l'ai aussi, mais c'est très instable" renchérit un second.
"Nous devons procéder immédiatement à l'envoi, préparez vous messieurs".

Mes yeux commencent à peine à s'habituer à l'éclat de la sphère, quand j'aperçois un robot, contrôlé par le travailleur qui pianotait sur son terminal. Il utilise maintenant un joystick et fait dos à son écran pour diriger la machine. On pourrait trouver à ce robot un air d'humanoïde, car il peut marcher grâce à ses deux jambes, et dispose d'un bras et un seul, au bout duquel il serre une petite soucoupe munie d'une antenne. Je pense que cette soucoupe est aussi un robot, mais j'ai encore du mal à voir correctement. Le gros robot s'approche lentement et plutôt maladroitement de la sphère, son bras tendu vers la forte lumière. Le scientifique qui le commande s'est levé et s'approche également, certainement pour améliorer la précision de ses manœuvres. Je m'approche également, pour veiller à la sécurité de ce dernier.

Le robot a déjà son bras prêt à entrer dans la sphère quand soudain, un des travailleurs scientifique, accoure vers l'écran du terminal, qui affichent de gros messages sur fond rouge. Le scientifique qui tient le joystick est trop absorbé et trop près de la sphère et du bruit qu'elle produit pour se rendre compte de ce qu'il se passe. Je comprend que c'est à moi de jouer; en effet les 7 scientifiques crient d'arrêter tout "ça chauffe, il y a un problème, ça va exploser". Le travailleur au robot vient aussi de se rendre compte du problème, il se tient maintenant plaqué à son robot et semble aspiré par la boule jaune. Tout ce qui n'est pas fixé dans la pièce s'envole vers la sphère. J'accoure pour attraper la main de l'homme, dont l'expression du visage est soudainement passé de l'excitation à l'angoisse. Je lutte très difficilement contre cette aspiration, je ne tiendrai pas longtemps. Je sens maintenant de gros objets me frôler, un ordinateur je crois, des dossiers, un microscope. Le scientifique a le visage déformé par le vent, il semble vouloir me dire quelque chose, mais je n'entend strictement rien. Je me suis accroché moi aussi au robot mais ma position est beaucoup moins confortable; je ne touche plus le sol. Il ne reste plus dans la pièce que les hommes et le robot impassible, et la boule ne cesse de grossir, et l'aspiration de s'intensifier. Je sens mes doigts glisser sur le bras du robot; je vais lâcher si ça ne s'arrête pas.

Commentaires (1) Trackbacks (0)
  1. Plutôt sympa pour un début de mon point de vue.
    J’attend la suite maintenant.


Laisser un commentaire


Aucun trackbacks pour l'instant

Get Adobe Flash playerPlugin by wpburn.com wordpress themes